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LE GRAND BAL

En présence de la réalisatrice le mercredi 10

DU 8 AU 10 OCTOBRE 2018, AU LUNCHKINO, À 12H15 ET À PARTIR DU 11 OCTOBRE, EN SALLE

• CINÉMA ARTHOUSE LE PARIS, ZH



Stadehhofer Platz
CH-8001 Zürich
www.arthouse.ch/lunchkino/

En présence de la réalisatrice Laetitia Carton  au Lunchkino à Zurich le 10 octobre 2018.
Et avec de la musique!

Puis sortie en salles en Suisse alémanique le 11 octobre 2018



gRAND BAL AFFICHE 280Sept jours et huit nuit de danse en Auvergne... Grand bal une couleurs«Il y a du désir, dit-il, mais pas sexuel. Plutôt une connexion liée à l’envie de vivre.» pictures grandbal 4d«Le corps s’en va en «extasis!»»

 

 


«LE GRAND BAL», documentaire de Laetitia Carton, 2018, F

S'offrir une heure et demie de pur bonheur!

Cela commence par une voix off féminine qui raconte sa première expérience de «bal trad» en été, au cœur de l’Auvergne, pendant sept jours et huit nuits: «le temps n’existe plus», relate-t-elle. Ateliers de danse toute la journée (polka piquée, mazurka, scottish, maraîchine, bourrée, valse, cercle circassien, chapelloise…), puis bals sous divers chapiteaux de 21h à 3 h du matin, et enfin «bœufs», c’est-à-dire des séances d’improvisation s’étirant jusqu’aux brumes du petit jour.

Pourquoi tous ces gens, qui se privent volontairement de sommeil (ils se reposent sur place dans des tentes ou un hamac, tout au plus quelques heures), ont-ils l’air si heureux? C’est que dans la foule, le partage de leur passion devient plus intense. Subjugué, on les écoute en parler. Les expériences ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Il y a ces jeunes filles qui ont du mal à se faire inviter. «C’est ambigu, j’ai tendance à me braquer direct» confie l’une. «Moi, j’aime pas danser seule, reprend sa voisine. Danser c’est devenir aussi l’autre. Je me dissous dans la vie.» Une troisième se réjouit de l’évolution des mœurs car de plus en plus d’hommes demandent: «vous voulez mener ou c’est moi?» La plupart ne refusent jamais une invitation. Si elles hésitent, le cavalier, pressentant une débutante, prend souvent la fuite. Comme si on ne pouvait pas s’adapter en restant simple dans ses figures, déplore une autre. Les femmes, plus nombreuses au bal que les hommes, paraissent aussi plus tolérantes. «Transmettre son plaisir à un débutant, j’adore ça» lance une aguerrie.

Alors que la réalisatrice montre à plusieurs reprises des extraits en noir et blanc d’archives de paysans dansant la bourrée, on réalise que ce plaisir ancestral plonge ses racines dans notre généalogie. «Le corps s’en va en «extasis!»» lance un danseur ravi. Un autre raconte qu’au tout début, il aimait danser pour qu’on le regarde. Maintenant, il a appris à se laisser aller à l’allégresse. «Il y a du désir, dit-il, mais pas sexuel. Plutôt une connexion liée à l’envie de vivre.» Il y a bien sûr aussi des expériences désagréables. «Certains soirs, tu ne te sens pas à ta place. Tu t’enfonces dans la frustration. Tu penses: on ne veut pas de moi». Des jeunes, des vieux, des excités, des introvertis, tout ce monde se côtoie sans façon.

Quand, au cœur de la nuit, les musiciens s’interrompent volontairement, la foule continue de chalouper en chantant, main dans la main, reliée entre elle et au-delà. La béatitude se lit sur les visages. On voit le parquet trembler et le spectateur frissonne de plaisir à l’unisson.
(VL21/09/2018)