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BIENVENUE EN SUISSE

Die Angst ist dort geblieben...

A PARTIR DU 19 OCTOBRE 2017

• EN SALLES



Film documentaire suisse, 2017, 83', de Sabine Gisiger
Hors compétition, festival de Locarno 2017

En savoir plus sur le film, la bande-annonce: ici


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Sous-titre du film: «Können wir uns die humanitäre Tradition nicht mehr leisten?»

La première du film a eu lieu à Locarno en août.

 

 


BIENVENUE EN SUISSE
de Sabine Gisiger

LE SUJET:
Un million de personnes cherchent refuge en Europe au cours de l’été 2015. 40 000 parviennent à entrer en Suisse et 10 sont assignées par le Canton d’Argovie à la commune d'Oberwil-Lieli, l’une des plus riches communes du canton. Mais Andreas Glarner, maire et candidat au Conseil national pour l’UDC, parti de droite conservatrice, refuse d’accueillir des requérants d’asile dans son village. Johanna Gündel, étudiante et fille d’un maraîcher du cru, organise la résistance et, en compagnie du Groupement d’intérêt public-Solidarité, elle se bat contre cette politique anti-réfugiés. Dans le même temps, le maire est rapidement promu conseiller national et devient responsable de la politique d’asile de l’UDC. Susanne Hochuli, conseillère d’état écologiste du canton d’Argovie en charge de l’hébergement des demandeurs d’asile, craint que la peur et les débats idéologiques ne nous empêchent de trouver des solutions intelligentes.

CE QU'ON EN PENSE
Basé sur les événements d’Oberwil-Lieli, «Bienvenue en Suisse» est plus qu'un reportage à chaud ou un condensé d'informations. Le film de Sabine Gisiger montre d'une certaine façon comment fonctionne la démocratie suisse, mais aussi comment la population peut être aisément manipulée par certains discours inlassablement répétés «comme des mantras» et faisant appel à des argumentations simplistes. Il replace cet épisode (le refus de l'accueil de dix réfugiés par la commune d'Oberwil) dans la longue histoire de la politique suisse en matière d'accueil des réfugiés et des étrangers, en remontant à la seconde guerre mondiale et à la fermeture des frontières en 1942.

MAXIMAL OU PLUTÔT MINIMAL?
Quelques interventions sont particulièrement marquantes comme celle de l'auteur Charles Lewinsky lors d'une discussion publique, pour qui «celui qui ferme ses portes, n'a plus de visiteurs, mais des voleurs». Et qui ajoute l'idée selon laquelle la dignité d'un pays comme la Suisse, ce ne serait pas de fixer une limite maximale pour l'accueil des réfugiés, mais un seuil minimal d'hospitalité.
Inoubliables encore ces mots de jeunes réfugiés affichés dans un centre de formation pour mineurs non accompagnés: «Mutter, ich brauche Dich» et «Die Angst ist dort geblieben, hier sind die Tränen». 

OU METTRE CE CHAGRIN?
Ce documentaire de facture assez classique a le mérite d'être efficace et informatif. Rythmé par les chants de deux chœurs («Das Mechaje Ensemble» et «le Chœur intergalactique» interprétant par exemple «Je ne sais pas où mettre ce chagrin» et réunissant des personnes d'origines différentes, y compris des demandeurs d'asile), le film braque les projecteurs sur notre histoire récente, une tragédie qui est loin d'être achevée.

Il pose donc une question générale au pays, souhaite-t-il vraiment renier sa tradition humanitaire? Mais il s'adresse aussi à chacun d'entre nous: que sommes-nous prêts à faire pour accueillir correctement et dignement des réfugiés? C'est d'ailleurs l'objet de deux des votations du 24 septembre prochain (en ville de Zh et dans le canton).  (Scz - 08/09/2017)