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| par Valérie Lobsiger |
| Partager les livres qu’on a aimés, le meilleur moyen pour connaître quelqu’un de l’intérieur. |
| BIBLIOTHÉC'ART (FÉVRIER 2010) : LE CERCLE LITTÉRAIRE DES AMATEURS D'ÉPLUCHURES DE PATATES |
ROMAN
Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer & Anne Barrows, traduit de l’américain par Aline Azouay-Pacvon
Éditions Nil mars 2009, 391 p.
Le plaisir de la lecture se découvre à tout âge, il n’y a pas de condition pour entrer dans le cercle des lecteurs. Nul besoin d’avoir étudié. Il suffit parfois d’un hasard pour qu’un livre vous tombe entre les mains. Puis, l’envie de découvrir de nouveaux mondes et de les faire partager à d’autres font qu’on y prend goût. Cette curiosité et cette passion, le lecteur et l’auteur l’ont en commun. Dans ce livre plein d’humanité, drôle et grave, on réalise que la joie de lire est encore meilleure lorsqu’elle est partagée et qu’il n’est peut-être pas de meilleur moyen pour connaître quelqu’un en profondeur. Tout le reste n’est que littérature!
28 juin 1940 : l’armée allemande bombarde l’île anglo-normande de Guernesey, avant d’y débarquer deux jours plus tard. L’occupation dure cinq ans et ses habitants souffrent en silence. C’est cet aspect ignoré de l’histoire que les auteurs excellent à raconter, sous forme d’un roman épistolaire vif et léger. L’histoire débute en 1946, lorsqu’un habitant de Guernesey (Dawsey Adams) écrit à une londonienne (Juliet Ashton) à propos d’un livre du poète et essayiste anglais Charles Lamb (1775-1834) qu’il a beaucoup apprécié et sur la couverture duquel il a trouvé le nom de Juliet, par ailleurs journaliste et écrivain. De lettre en lettre, et de rebondissement en rebondissement, Juliet lie des liens avec les membres d’un cercle de lecture dont aucun ou presque n’avaient au départ le goût de la lecture…
On retrouve la chaleur et la spontanéité dans l’écriture qui nous avait tant plu dans 84, Charing Cross Road d’Helen Hanff et qui traitait aussi du plaisir de la lecture (cf Bibliothéc'art (33), voir le lien sous les cent premières chroniques). A la différence du présent roman, ce livre consistait en un recueil de lettres réellement échangées, après la seconde guerre mondiale, entre une écrivaine américaine passionnée de livres et un employé d’une petite librairie de Londres; il a connu un succès si grand qu’il a même débouché sur un film. A partir de quel moment la lettre quitte-t-elle la sphère privée pour devenir littérature ? Ne réside-t-il pas, au fond de chaque lecteur passionné, un écrivain qui s’ignore ? Comment la lettre accroche-t-elle l’attention du lecteur ?
Elle adopte recul et fantaisie, pour éviter larmoiement et/ou infatuation, elle divertit autant qu’une conversation mais instruit d’une quelconque manière, sans s’appesantir, elle entretient un échange dynamique par la variété et l’originalité des sujets traités afin de prévenir la monotonie… Comme disait Marie de Rabutin-Chantal, baronne de Sévigné, «c’est une chose plaisante à observer que le plaisir qu’on prend à parler, quoique de loin, à une personne que l’on aime». Alors, lecteurs, qu’attendez-vous ? Tous à vos plumes !
VL 1.02.10
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