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KEEPER

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C'EST COOL D'AVOIR UN BÉBÉ?

Texte Valérie Lobsiger


UN FILM DE GUILLAUME SENEZ

SUR LES ECRANS SUISSES ALLEMANDS À PARTIR DE FIN FÉVRIER 2016

Pour lire l'interview du réalisateur et de l'acteur principal, ici.

En présence de Kacey Mottet Klein le 23 février au Lunchkino à Zurich. Puis en tournée dans le cadre de notre Minifestival pour les classes.


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Dimanche 20 septembre 2015, 10h, un soleil timide sèche les baies vitrées d’une salle de travail située tout en haut de l’hôtel Mercure de Bienne. A l’occasion de la projection de Keeper pour la onzième édition du Festival du film francophone d’Helvétie (fffh), on y rencontre son réalisateur Guillaume Senez et le jeune acteur Kacey Mottet Klein (qui a débuté dans Home, d’Ursula Meier et dont on se souvient de l’impressionnante prestation dans L’Enfant d’en haut, de la même réalisatrice, pour laquelle il avait reçu le prix du meilleur acteur suisse). Keeper, on l’a vu la veille. Ça raconte l’histoire d’un couple de jeunes âgés de 15 ans qui décident de garder le bébé qu’ils ont accidentellement mis en route. Avant la projection, on s’était dit qu’avec une histoire pareille, on allait sûrement se barber. Et ô surprise, on est resté scotché à l’écran. Parce que le film parle juste, qu’il n’esquive aucune question embarrassante, ne verse dans aucune attitude conciliante et qu’il ne prend pas parti (les parents compréhensifs du garçon et la mère inflexible de la fille sont renvoyés dos à dos). En revanche, il rappelle qu’on ne vit pas au pays d’Aladin où il suffit d’avoir envie de quelque chose pour que son vœu s’exauce. A une époque où les enfants, avec leur soif de consommer tout et tout de suite (cet impératif leur a été imposé dès la naissance, ils n’ont certes eu guère le choix), rencontrent peu d’obstacle à leurs envies, ça fait du bien de redescendre sur terre pour affronter la réalité sans fard. On apprendra, le soir même et sans surprise, que Keeper a remporté le Prix du Jury Jeune du fffh.

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A la suite de la projection de Keeper, la veille au soir, un podium de discussion a eu lieu au cours duquel Guillaume Senez a parlé des raisons qui l’avaient poussé à faire ce film. Il a confié au public qu’étant père de deux jeunes enfants, il avait eu envie de parler de la paternité tout autant que de la légèreté, de l’insouciance et de la spontanéité de l’adolescence, qui est un de ses thèmes favoris. Il a voulu mettre en évidence l’impuissance de l’homme dans le choix de garder ou non un enfant à naître et montrer toute la complexité du sujet (c’est pourquoi le film est plutôt tourné dans la perspective du garçon) ainsi que le lien fort qui unit les femmes dans la transmission maternelle. Interrogé sur la façon dont il a réagi au rôle proposé, Kacey a répondu très spontanément qu’il ne se rendait pas encore compte aujourd’hui ce que c’est que d’être père, même après le tournage. En tout cas, a-t-il ajouté, il a beaucoup aimé travailler dans l’improvisation. Le réalisateur leur avait juste raconté le scénario et les acteurs en apprenaient toujours davantage au cours du tournage. Senez a ajouté qu’il s’agissait, par cette méthode, de renforcer le travail d’équipe. «On sait où on veut aller, pas encore comment, mais on va y aller ensemble». Une spectatrice s’est interrogée sur le titre et la sobre palette de couleurs du film. En Belgique, a expliqué Senez, le keeper est le gardien de but, ce que Maxime (interprété par Kacey) voudrait devenir à titre professionnel. Le keeper ne peut pas influencer le jeu de ses camarades, ce n’est jamais lui qui va faire gagner la partie. C’est pourquoi le titre reflète aussi l’impuissance de Max à essayer d’influencer Mélanie (Galatea Bellugi) au sujet de sa grossesse. Quant aux couleurs, c’est bien un choix. En travaillant sur l’authentique, on s’éloigne de l’esthétique, a expliqué Senez. Il a voulu retrouver une certaine pureté en travaillant sur le blanc. Nous avons levé la main pour lui demander si le film n’illustrait pas de façon plus générale une tendance actuelle à marginaliser les hommes dans une société occidentale trop longtemps misogyne, comme un retour de manivelle en quelque sorte. Le réalisateur a répondu que son intention n’était nullement de délivrer des «messages». Pour conclure, il a déclaré avoir été satisfait des réactions parfois très violentes qu’il avait reçues de la part des spectateurs, à savoir que certains adoraient ou au contraire détestaient la mère de l’un ou de l’autre adolescent. Il estime que si les gens arrivent à se projeter à ce point dans son film, c’est qu’il a réussi son boulot. On ne lui donne pas tort.

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