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BELLEVUE SUR LE FESTIVAL DE ZURICH

Bellevue une couleursBelle vue sur...sheheSHÉHÉRAZADE ... et Zach, gamins des quartiers populaires de Marseille... pas gâtés par la vie. Comment vont-ils s'en sortir?
1 WOLKENBRUCH mood 0cfc98a784c4
WOLKENBRUCH: Quels nuages planent sur cette idylle naissante?
americaAMERICA, Seligman - ville un peu fantôme, avec ses voitures rouillées et son rêve américain qui bat de l'aile... Beau documentaire sur des habitants d'Arizona juste avant les élections présidentielles de 2016.
2 LA PETITE MORT mood 0cfc98a784c4LA PETITE MORT: des femmes parlent de leurs expériences en matière d'orgasme et du droit à une sexualité épanouie.

 

 


CINÉMA TOUS AZIMUTS

Texte: Sandrine Charlot Zinsli


Le festival de film de Zurich dure du 27 septembre au 7 octobre 2018
Si le centre du Festival se situe à Bellevue, la quasi totalité des cinémas de la ville présentent des projections, discussions ou masterclass.

Dans notre agenda

En savoir plus sur le site du festival

Les prix:
GIRL de Lukas Dhont (Belgique, Pays-Bas) : catégorie fiction internationale

Mention spéciale: Shéhérazade

HEARTBOUND de Janus Metz et Sine Plambech (Danemark, Suède, Pays-Bas): catégorie documentaire international

L’ANIMALE de Katharina Mückstein (Autriche) dans la catégorie: Focus : Suisse, Allemagne et Autriche.


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C'est un festival d'automne qui a commencé sous une météo d'été. Dès le vendredi, je suis partie pour Marseille! Ensuite revenue à Zurich, dans le Kreis 3, je n'ai pas tardé à m'installer en Arizona à l'automne 2016! Je ne sais pas encore où j'irai demain et les jours suivants...

VENDREDI
SHÉHÉRAZADE, un film de Jean-Bernard Marlin, France, 2018, 1'49.
Les premières images donnent le ton: Zach sort de prison, il retrouve ses affaires, le ciel clair de Marseille, mais pas sa mère. Elle n'est pas venue l'attendre. Et le gardien qui le salue sans trop réfléchir lui assène ces mots: «A bientôt!». C'est sans doute tout l'enjeu du film, ce gamin - il a 17 ans - parviendra-t-il à s'en sortir? Comment, à quel prix et grâce à qui?
Très ancré dans le réel des quartiers populaires de Marseille et inspiré d'un fait divers, le film a été tourné avec des acteurs non professionnels, qui connaissent eux aussi la démerde, le foyer et la prison.
Avec sa gueule d'ange un peu maudit, Zach retourne forcément vers ce qu'il connaît. Les embrouilles ne  tardent pas, d'autant qu'il n'est aidé ni par ses potes, ni par sa mère qui joue un drôle de jeu, alternant les cajôleries, le rejet et les mauvais conseils.
Il tombe sur Shéhérazade qui n'a rien trouvé d'autre pour s'en sortir que de se prostituer. Mais comment peut naître l'amour dans un quotidien si sordide et si dur où l'on doit sans cesse se protéger autant que se battre? En fait, Shéhé qui a à peine quitté l'enfance, n'attend que cela, un peu d'amour, d'attention et de légéreté, elle qui suce son pouce dès qu'elle se retrouve au calme. Alors c'est très vite qu'elle s'attache à celui qui devient  - par la force des choses - son petit mac. Ce premier film a quelque chose de bouleversant, car il montre la réalité d'une jeunesse un peu oubliée. C'est sans pathos, même si ce qui se passe est tragique. Le ton y est rêche, c'est que ces ados ont été propulsés trop tôt dans une vie trop dure pour eux. Ce film a pourtant quelque chose de solaire, cela vient-il de la personnalité des deux jeunes acteurs, de la force de la musique, celle de Vivaldi et des autres, ou de la lumière souvent jaune qui revient sans cesse comme autant de petits rayons de soleil dans la noirceur? 28/09/2018

SAMEDI
WOLKENBRUCH de Michael Steiner, 2018, Suisse, 92', avec entre autres Joel Basman, Noémie Schmidt.
Ce n'est pas tous les jours que Zurich produit une comédie tournée dans les rues des quartiers qu'on connaît, de Enge à Wiedikon en passant par le Kreis 5. Alors si le trait est parfois un peu lourd, les personnages (de la mère juive possessive à l'ancien rabbin converti aux bienfaits du yoga à Tel Aviv - Om Shalom!) un peu caricaturaux, on n'a pas du tout envie de faire les difficiles. Bien au contraire! C'est le jeu très juste de Joel Basman en jeune homme qui se libère de ses carcans familiaux qu'on a envie de louer. C'est la vivacité des dialogues qu'on souhaite souligner. C'est la possibilité d'entrer dans le quotidien d'une famille juive orthodoxe, même si tout n'est sans doute pas tout à fait juste, qu'on a apprécié.
Après «Grounding» ou encore  «Sennentutschi», Michael Steiner a signé là une comédie made in Zurich. Aura-t-elle autant de succès que «Mein Name ist Eugen»?
29/09/2018

DIMANCHE
AMERICA, de Claus Drexel, film documentaire, France, 2018, 88'.
La petite ville de Seligman compte moins de cinq cents habitants, elle se trouve en Arizona où le climat est sec, les paysages du Grand Canyon, à couper le souffle, et la misère, patente. C'est là que Claus Drexel s'installe à l'automne 2016, peu avant les éléctions présidentielles américaines.
Dans ce film aux images d'une grande beauté, le réalisateur prend le pouls de l'Amérique profonde et nous fait rencontrer quelques-uns de ses laissés-pour-compte. Il brosse de très beaux portraits de cow-boy, serveuse de bar, employée et patrons de Motel, vétérans du Vietnam, vieux hippies, mexicains installés de longue date etc. dans un décor de  carcasses de voitures rouillées, de mobilhomes abandonnés, de magasins fermés, de trains qui passent sans plus jamais s'arrêter. La région a dû connaître une période plus faste. Les interlocuteurs de Drexel portent des T-shirts de la route 66 qui passe par là, ils ont une canette de bière à portée de main, il leur manque souvent des dents.
Et surtout quasiment tous possèdent au moins une arme, ils revendiquent ce droit inscrit dans la constitution et qui semble être au cœur de leur identité de citoyen américain. Une jeune femme enceinte avoue avoir plusieurs armes en sa possession, son premier fils en ayant reçu une à sept ans et sachant déjà bien s'en servir.
Autre point commun, presque tous détestent Hillary Clinton et tout le système qu'elle représente. Souvent ils n'ont jamais quitté leur région, «ils ne sont même pas allés jusqu'à LA», ils n'attendent plus grand-chose, leur rêve américain est mort. Mais peut-être espérent-ils néanmoins un petit changement, et c'est pour cela qu'ils voteront sans doute pour Donald Trump. Un très beau film qui nous permet de rencontrer des gens très loin de nous et de mieux les comprendre. Le ton du film fait du bien, pas hargneux, intéressé, patient, à l'écoute de ceux qu'on n'entend peut-être aussi pas assez souvent.
30/09/2018 

LUNDI: REPOS DES YEUX ET PLAISIR DU PALAIS
«C'est lundi, c'est ravioli!»

MARDI
LA PETITE MORT, documentaire d’Annie Gisler, Suisse, 2018, 61'.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’orgasme féminin sans jamais oser le demander…

Pendant une heure, on n'entend parler que de cela! Et pour ce faire, la réalisatrice a choisi une structure très simple: elle égrène une suite de questions qu’elle se pose à elle-même puis à d’autres femmes, trois d’entre elles jeunes et la quatrième âgée de 70 ans. Ces témoignages face à la caméra sont d’une fraîcheur et d’une honnêteté qui font du bien. Entrecoupés de brèves respirations purement visuelles et esthétiques, divers petits chapitres abordent les différents aspects de la question: Qu’est-ce que l’orgasme? L’avez-vous déjà simulé? Que pensez-vous de la masturbation? L’éducation sexuelle que vous avez reçue est-elle suffisante? Doit-on utiliser des sex toys? Qu’est-ce qu’un bon amant ou une bonne partenaire? Mais qu’est-ce que c’est que ce point G dont on entend parler mais qu’on trouve rarement?
Qu’en retient-on au final? Qu’il faut en parler mais surtout communiquer à son ou sa partenaire ce dont on a envie (et pour cela, les mots ne sont pas forcément nécessaires), mais aussi que la sexualité est un droit et que les femmes doivent se «déprogrammer» de tout ce qui insidieusement les a mal préparées à vivre et à assumer leur sexualité.
Ce franc parler est revigorant, c’est souvent drôle et frais. Ainsi l’une des jeunes femmes regrette que «sa mère et sa grand-mère lui aient transmis leurs recettes de tartes aux pommes, mais aucun conseil en la matière». Ce film met des mots sous ce qui est parfois encore un peu tabou et a le mérite de donner la parole aux principales intéressées. Alors qu’il s’agisse de «frémissements qui montent et montent», «d’une expérience quasi spirituelle qui repousse toutes les frontières», «d’un des seuls moments où l’on se sent vraiment vivante», on retrouve au travers des mots des autres un peu de notre propre expérience individuelle.

Sur le même sujet, mais de façon beaucoup plus grave, Barbara Miller a dans «Female Pleasure» donné la parole à cinq femmes indienne, somalienne, américaine, japonaise et allemande. Celles-ci se sont battues chacune à leur manière et dans des contextes très différents pour faire valoir leur droit à une sexualité choisie et contre l'excision, le viol, l'exclusion de la communauté etc.
02/10/2018 

JEUDI
RBG, film documentaire de Betsy West et Julie Cohen, 2018
Ce n'est pas seulement un film sur une juriste, combattante, féministe, droite et extrêmement adroite. C'est aussi le portrait d'une membre de la Cour suprême américaine au moment où fait rage la bataille autour de la nomination de Brett Kavanaugh... Pas très innovant dans la forme, il nous apprend beaucoup sur l'Amérique! Bientôt plus d'infos...

Les virus rôdent... et seront plus forts que le festival. Wim Wenders, Johnny Deep et les autres, je n'ai pas pu vous écouter ni au Filmpodium ni à l'Opéra. Ni même vous apercevoir sur le green carpet. Je suis restée au fond de mon lit, à draps blancs... verte de rage!
SCZ (07/10/2018)