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LA NATURE DES CHOSES

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L'ÉTÉ DES QUESTIONS

Texte: Sandrine Charlot Zinsli


La nature des choses -  Marianne Brun
Roman
Paru chez L'âge d'homme, août 2016

Nous organisons une rencontre avec l'auteure le jeudi 27 octobre 2016, à 19h30.
Animatorium, Leuengasse 15, 8001 Zurich -
En face de l'immeuble où séjourna (brièvement) Lénine 
Réservations souhaitées:


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Peut-être avez-vous découvert cette jeune auteure française vivant à Zurich avec «L’accident» il y a deux ans? Pour son second roman, Marianne Brun change résolument de ton et de décor. «La nature des choses», qui sort ces jours-ci aux éditions de l’âge d’homme, se déroule au cours de l’été 1982 à Lausanne. L’auteure y recouvre la gravité du propos derrière un mélange d’humour, de farfelu et de légèreté.

21h21
L’intrigue est ancrée dans le temps, elle débute à 21h21, la veille du départ du Tour de France. La température elle-aussi est donnée: l’orage gronde le premier soir et il fait chaud sur 255 pages. Lorsqu’il se remet à faire frais et à pleuvoir, c’est déjà presque l’épilogue. Pour Gaby, la jeune narratrice, c’est un été non pas meurtrier, mais terriblement déstabilisateur: ses parents se séparent brutalement et elle arrive de nuit dans un quartier qu’elle ne connaît pas et qui est très différent de tout ce qu’elle a vu jusqu’alors.
La zone des abattoirs, en limite de la ville, se trouve en effet bien loin des beaux quartiers, de Pully ou d’Ouchy, c’est une sorte de friche ou de no man’s land, habité par des vieux, des pauvres, des prostituées. Tous les laissés pour compte des lumières du centre-ville. Mais ces personnes qu’elle rencontre sont hautes en couleurs. La petite observe les unes et les autres, enregistre leurs expressions, décrypte leur comportement dans un grand cahier, elle s’attache à certains d’entre elles comme à une bouée de sauvetage qui pourrait peut-être la ramener vers sa vie d’avant. Alors que ces personnes la portent au contraire (peut-être) vers la vie d’adulte.

DE RERUM NATURA
La voilà plongée, non plus dans les livres des adultes qui la fascinent mais dans la vraie vie qu’elle décrit du haut de ses 9 ans et demi. Actrice et narratrice à la fois. Ce parcours initiatique qu’elle effectue à pied, en camionnette de police, en estafette, en solex, en bus, en Mercédès diesel, a une bande-son: la mère écoute «Je suis la seule» de Véronique Sanson et l’oncle Riton «Rupture» de Blondie. Lorsqu’elle surprend son oncle avec son partenaire disquaire, c’est derrière la pochette de Supertramp que ce dernier cache sa nudité. Le couple de petits vieux du dernier étage qu’elle a adoptés regarde quant à lui la télé avec le son coupé. Les paroles n’ont plus d’importance dans leur vie, ce sont les gestes qui comptent, tous ces petits gestes de tendresse qui cimentent leur amour et leur complicité au quotidien et dans le long terme.

AU BOUT DE L'ÉTÉ ET 40 ANS PLUS TARD
Un mois et demi plus tard, plus rien n’est pareil. Gaby a sans doute grandi, en tous cas, elle a perdu en innocence et en illusions. Quarante ans plus tard, elle se souvient de ce qu’elle a longtemps perçu comme du gâchis. Enfin de retour dans le quartier des abattoirs qui a changé de nom en même temps qu’il a été rénové, elle comprend ce qui fait le sel de la vie: c'est dans le sourire que Lili adresse à Gilou qu'elle lit ce qui donne la force de vivre.
Ce qui fait la qualité du roman? Une action concentrée dans le temps, habitée de personnages intenses et écrite dans une langue vivante, dense et qui sonne vraie.
(SCZ – 15/08/2016)