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CÉZANNE RÉVÉLÉ

cezanne 280Baigneurs, Paul Cézanne, vers 1890 -
© 2017. Digital image, The Metropolitan Museum of Art /Art Resource/Scala, Florence

cezanne 1Harlequin, Paul Cézanne, 1888/90, Huile sur peinture, 101 x 65 cm; National Gallery of Art, Washington, D.C., Collection of Mr. and Mrs. Paul Mellon


DU CARNET DE CROQUIS À LA TOILE

Texte: Laurence Hainault Aggeler


Kunstmuseum Basel
Cabinet d'estampes
kunstmuseumbasel.ch

Du 10 juin au 24 septembre 2017

Pour aller plus loin, le 5 septembre 2017, 12 h 30, le musée propose au public une rencontre avec la commissaire d’exposition, Anita Haldemann.


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UNE VISION NOUVELLE
Paul Cézanne est connu pour sa maîtrise de la couleur et des paysages captés dans leurs nuances lumineuses. Tel est le sujet des dernières salles quand la peinture se réapproprie l’espace et l’attention du visiteur. Mais l’exposition du cabinet d’estampes du Kunstmuseum Basel présente surtout le dessinateur de multiples carnets d’esquisses aux traits hachés; cette vision nouvelle de son travail intime nous fait découvrir l'aboutissement des proportions et de la composition de l’image.

UN TRÉSOR MÉCONNU
Cézanne sortait toujours avec deux carnets de croquis dans les poches de son manteau et en saisissait un au hasard, au moment de dessiner. Ces petits livres n’ont ainsi ni début ni fin, ni haut ni bas non plus, puisqu’il tournait sa page au gré des nécessités. L’ensemble de l’œuvre compte environ 950 feuillets connus; le musée de Bâle en possède 154 et abrite donc la plus importante collection du monde. À noter que le «Carnet de croquis Bâle III», recomposé par des restaurateurs et des historiens d’art, donne lieu à un fac-similé mis à disposition en salle 2, ce qui permet d’apprécier le contexte d’origine.

LA FORMATION ACADÉMIQUE
Cézanne doit à sa formation académique, la présence plastique habituelle de ses personnages. Les corps surtout traduisent une spontanéité du mouvement lié à une justesse musculaire digne d’un livre de médecine, et les reprises sculpturales témoignent des recherches thématiques notamment dans les scènes de lutte, étonnantes de classicisme. Certaines esquisses aboutissent à des peintures de petit format, parmi lesquelles le remarquable dessin à la plume de la «Femme qui se fait étrangler». On n’imaginait certes pas Cézanne aussi appliqué. Pourtant, dès 1863, il se procure une carte de copiste au Louvre et s’entraîne à reproduire les statues sous différents angles, une occasion idéale pour travailler les contours, ne rien figer et construire des trames souples où s’articule le volume.

DE LA PRÉCISION À L'ÉMOTION
Derrière le détail se cache l’interprétation qui s’épanouit en toute liberté dès que l’artiste utilise le pinceau. C’est pourquoi l’exigence de la saisie des formes et de l’expression des visages apparaît en filigrane dans les aquarelles préparatoires des derniers carnets. Ces allers-retours incessants entre la précision et l’émotion précèdent l’œuvre aboutie en peinture. «Après-midi à Naples» se présente sous forme de dessins et d’aquarelles pour étudier la femme allongée et disposer le couple dans l’espace, avant d’être finalisé à l’huile. Malgré la simplicité du motif des «Baigneurs», thème récurrent chez Cézanne, le répertoire des figures se rattache à une observation fine du corps modifié dans ce cas par l’imaginaire. Quelle découverte! De même, les portraits transmettent-ils une fragilité et une ouverture propres aux dessins: ceux de sa famille saisie dans ses activités quotidiennes ou de son fils au regard provocateur.

UNE PLONGÉE FASCINANTE DANS LE PROCESSES DE CRÉATION
Dans le dernier tiers de l’exposition, le visiteur peut observer des portraits d’Arlequin, des paysages et des natures mortes avec un œil neuf. Il sait maintenant regarder les toiles d’une manière analytique, car les dessins ont dévoilé le dynamisme constructif du peintre. Sans oublier les coups de pinceau réguliers, similaires aux traits des études de croquis. Pour reprendre la belle formule du dépliant de présentation, cette exposition propose «une plongée fascinante dans le processus de création». Une vraie révélation, en effet.

Laurence Hainault Aggeler 10/08/2017