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EINSIEDELN

Plakat Einsiedeln

Einsideln 4 280Meinrad assassiné par deux brigands. Huile sur toile. Deuxième moitié du XVIIe siècle. Abbaye d’Einsiedeln, collection d’art. Photo: Musée national suisse

EINSIDELN 1

Robe coréenne brodée en soie rouge de Corée. Conçue et cousue par Prisca Yang. Elle et son mari ont réalisé ce vêtement pour la Vierge noire en l’an 2000 pour la remercier d’avoir exaucé leur vœu d’avoir un enfant.
Photo: Inge Zinsli

EINSIDELN2En signe de remerciements, des pèlerins suspendent des ex-voto en cire dans la chapelle des Grâces. Les motifs renseignent sur leurs voeux. XVIIIe–XIXe siècles. Abbaye d’Einsiedeln, collection d’art. Photo: Musée national suisse

EINSIDELN3Vue de l’exposition « L’abbaye d’Einsiedeln. 1000 ans de pèlerinages. » Photo: Musée national suisse


UN AIMANT, LIEU DE PÉLERINAGE ET DE SPIRITUALITÉ

Texte: Laurence Hainault Aggeler


L'abbaye d'Einsiedeln, une exposition au Musée national de Zurich jusqu’au 21 janvier 2018

Le 17 janvier, 18h, visite guidée en français : ici

Billets: gratuit jusqu'à 16 ans, 8 ou 10 francs l'entrée. On vous conseille le passeport annuel: 25/15 francs.


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1000 ANS D'HISTOIRE
L’abbaye d’Einsiedeln, dont l’église baroque est considérée comme un joyau de l’architecture helvétique, est le sujet d’une exposition au Musée national de Zurich. 1000 ans d’histoire y sont présentés dans une scénographie élégante et lumineuse, sur fond de chants liturgiques. Remarquable.

PÉLERINAGES
Tout commence en haut du majestueux escalier qui permet d’accéder aux salles. Sur un grand écran défilent les images du pèlerinage des Portugais, le dimanche de la Pentecôte. Chaque année, 5000 personnes en moyenne viennent honorer la Vierge noire, preuve indéniable du piétisme de ce siècle accusé souvent de scepticisme.

DE MEINRAD
Puis le fil chronologique se déroule. Selon une légende, l’ermite Meinrad aurait péri poignardé en 861. A l’entrée, une peinture du XVIIe siècle le représente assassiné par deux brigands au regard féroce. L’ampleur des gestes, l’obscurité du lieu, l’expression épouvantée de la victime nous plongent en plein drame. Deux corbeaux figurent dans un coin du tableau. Ces fidèles compagnons de Meinrad auraient prévenu les villageois et grâce à eux, justice aurait été faite, d’où leur présence sur le blason d’Einsiedeln.
Dès le Xe siècle, l’ermite sanctifié fut honoré par les bénédictins qui construisirent un monastère à l’endroit présumé du crime. La chapelle érigée sur l’emplacement de l’ancienne cellule de Meinrad devint une destination de pèlerinage au XIIe siècle, en raison d’une croyance erronée selon laquelle le Christ lui-même aurait consacré le lieu. Dans cette première partie de l’exposition, de nombreux documents et illustrations attestent de cette période.
Grâce à son statut d’Abbaye royale, les bénédictins reçurent des terres et donc des moyens de subsistance que leurs règles ascétiques (Ora et labora) leur permirent de faire fructifier. Des ateliers, un vignoble, des écuries et une école se développèrent, source fiable de revenus réguliers.

A LA VIERGE NOIRE
Au XVIIe siècle, la statue de Marie, noircie par la fumée des candélabres, devint mythique. Connue ainsi sous le nom de Vierge noire ou Image miraculeuse, elle attira tous ceux qui désiraient aide, protection et guérison en échange de dons ou d’ex-votos. Même si l’abbaye fut pillée et temporairement supprimée pendant la Révolution française, elle sut cacher la plupart de ses trésors et renaître de ses cendres au XIXe siècle, en profitant des avancées techniques du réseau ferroviaire pour faire venir  des masses de pèlerins. Malgré le nombre réduit de moines, plus d’un demi-million de personnes visitent aujourd’hui le village et son monastère. Elle s’impose comme le symbole du rayonnement de la spiritualité à un niveau international.

LA GARDE-ROBE DE MARIE
Depuis 400 ans, tout a été conservé en souvenir des pèlerins: les tableaux simples et les ex-votos naïfs des enfants au même titre que les ciboires en or, les tapis précieux ou la fine porcelaine enrichie de dorures offerts par les plus grands souverains. Sans oublier les vêtements destinés à Marie.
L’exposition présente une collection unique de 17 pièces sur les 35 parures existantes; de la plus ancienne datant de 1685 aux plus contemporaines, comme la robe scintillante donnée récemment par une Iranienne musulmane ou la tunique rouge vif brodée de fleurs multicolores, venue tout droit de Séoul. Au-delà des frontières, au-delà des religions, Marie est adulée, consacrée, adorée, couverte de couronnes et de bijoux.

Pour la première fois, 300 objets sont sortis des murs de l’abbaye. Ne manquez pas l’occasion d’aller les contempler. L'espace d’une visite vous serez plongé dans un autre monde où la beauté se conjugue à la sérénité pour notre plus grand plaisir. (LHA - 04/12/2017)

NDLR: Merci à Valérie Hashimoto, guide de l’exposition pour les francophones, qui a eu la gentillesse de relire cet article.