→ CINÉMA

INNOCENCE OF MEMORIES

innocence 04 280
Collecter tout ce que Füsun a touché, comme les mégots des cigarettes qu'elle a fumées et qui forment une sorte de calendrier de leurs rencontres... En faire un musée!innocence 01
«Istanbul la nuit nous dissumule toute la crasse de la journée» pour le chauffeur de taxi
innocence 02 280
Orhan Pamuk en voix off réfléchit sur sa ville, son œuvre, sa vie
innocence 03
Années 70: l'occidentalisation des mœurs progresse tout doucement, mais notamment les femmes ayant eu un ami avant le mariage peuvent se retrouver en photos dans les journaux, les yeux barrés d'un bandeau noir



MÉDITATION POÉTIQUE ET DÉAMBULATION NOSTALGIQUE DANS LA VILLE D'ISTANBUL

Texte: Sandrine Charlot Zinsli


Un film de Grant Gee, 97’, 2015
avec l’écrivain Orhan Pamuk, une apparition du photographe Ara Gügler etc.

Sortie en Suisse alémanique le 11 août 2016

En turc et en anglais, avec sous-titres en français et allemand.

 


→ PRINT


UNE ODE À ISTANBUL
Istanbul la nuit, ses rues étroites et désertes, gardées par des chiens errants.
Istanbul la mélancolique, qui réveille les souvenirs, les réels et puis les inventés.
Istanbul, la ville d’un amour passionnel raté, devenu obsessionnel.
Istanbul enfin, la ville de l’écrivain Orhan Pamuk, qui n’a cessé de nourrir ses romans du tissu urbain et humain stambouliote en transformation. 

C'est tout cela que le réalisateur Grant Gee nous montre en nous proposant une méditation à la fois mélancolique et poétique autour du  roman d'Orhan Pamuk, «Le musée de l'innocence» et du musée du même nom qu'il a ouvert en 2012. Cette déambulation dans la ville a quelque chose de très visuel et de quelque peu envoûtant.

UN AMOUR INSENSÉ
Gee nous fait revivre l’amour insensé de Kemal pour Fusun, ses débuts passionnés et sa fin tragique. Donnant la parole à Ayla, une amie d'enfance de Fusun qui revient à Istanbul après des années d'absence, les souvenirs sont egrenés, les objets passés en revue. Kemal a en effet collectionné tout ce qui a été touché par la femme de sa vie, chaque mégot de cigarette, chacune de ses broches, de ses barettes, sa râpe à coings. Comme si chaque objet conservé soignait un peu l'absence, comblait le vide de la perte. 

83 VITRINES POUR UN ROMAN DE 800 PAGES
Quant à Orhan Pamuk, il s'est attaché à faire de son  roman un musée. Il y expose les objets de ses personnages dans 83 vitrines et sur 5 étages, met en scène leurs souvenirs. La fiction s'enracine dans un espace. Et le film nous ballotte entre documentation et narration, l'un nourrissant l'autre.
Au final, on ressort agréablement étourdis de cette balade nocturne, qui nous a enveloppés dans une lumière jaune et chaude. Peut-être sommes-nous quelque peu tristes aussi, portant en nous, une parcelle de hüzün, cette saudade turque, ce spleen du Bosphore, cette mélancolie propre à la ville d'Istanbul. (SCZ 13/07/2016)