«Assaut contre la frontière» de Leïla Slimani
Ce texte est une commande de Tiago Rodriguez pour le festival d'Avignon.
Il a été lu en public comme une conférence par l’auteure durant le festival, dont l’édition 2025 avait la langue arabe comme invitée.
En résulte un essai bref et percutant, à recevoir en pleine face.
Une ode à la liberté d'être multiple, de l'accepter et de le faire accepter.
TROUVER SES REPÈRES
Pendant son enfance marocaine, Leila Slimani vécut la multiplicité au sein d’un monde plurilingue. Arrivée en France, elle devint l’Autre, d’apparence exotique, parfaitement francophone mais en manque de repère identitaire. Taraudée par le regret de ne savoir parler l'arabe, amputée de sa culture d’origine, elle se lança dans l’écriture. Créer une réalité nouvelle lui permit «de lutter contre les insuffisances de l’existence», et aussi de rêver la tendresse nécessaire à la tolérance.
ENTRE L'INTIME ET LE PAMPHLET
Les épisodes de sa jeunesse servent de tremplin à une réflexion sur un attachement culturel exempt de servitude. Car «le message se veut universel, il évite de prendre l’Histoire pour un récit définitif». L’écrivaine ne se satisfait pas d’un seul point de vue et refuse, par exemple, d’enfermer la langue française dans une pureté stérile. «Rester attentif aux autres manières de dire» permet de penser différemment donc de mieux accueillir.
DÉNONCER LA HAINE
Leïla Slimani démontre que la civilisation musulmane est stigmatisée, car réduite aux fanatisés, alors que depuis des siècles la culture arabe imprègne la culture occidentale. Elle défend donc l'évidence de se rencontrer, de s'aimer, de travailler ensemble, de lancer «l’assaut contre les frontières» qui éloignent. Elle refuse aussi la condescendance envers celles et ceux qui ont dû s’affranchir de leurs propres limites.
UNE PENSÉE HUMANISTE
La littérature est présentée comme un espace de résistance où bousculer les a priori. Elle invite à partager les vulnérabilités d’une société plurielle, à réviser les responsabilités collectives et elle traduit une soif d’absolu. Ce discours ressemble aux performances muséales des artistes plasticiens qui forcent le public à bouger pour considérer leurs œuvres autrement. Le mouvement enclenche la pensée critique. Aucune raison de le ralentir.
L.H.A 06/2026
Publié le 16 juin 2026