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PARESSE, SUCCÈS ET LUBRICITÉ!

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QUAND LYDIE SALVAYRE SE FAIT ESSAYISTE...

Texte: Laurence Hainault Aggeler


Le saviez-vous? La célèbre romancière est aussi pamphlétaire. Elle a livré un plaidoyer libérateur sur le droit à la paresse, rédigé un manuel d’arrivisme et un petit traité sur la jouissance. Elle a déjà prodigué des conseils aux huissiers comme aux écrivains.

Quelques pépites en vrac.

Lydie Salvayre sera à Zurich, à l'invitation de l'Université de Zurich le 17 septembre.
Il sera surtout question de ses romans.

Ici l'info dans notre agenda


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1.
«DEPUIS TOUJOURS NOUS AIMONS LES DIMANCHES»

INVITATION CONTESTATAIRE
Lydie Salvayre nous invite à buller, flâner, ne faire que ce qui nous plaît le jour sacré. Puis elle explique de manière très irrévérencieuse comment résister à l’exploitation par le travail. La paresse devient l’art de pratiquer une certaine désobéissance civile en nous ramenant à l’essentiel.

JOYEUSEMENT POLITIQUE
 «C’est le travail qui prématurément nous fane», soutient la dissidente, avant d’attaquer ces «apologiste-du-travail-des-autres». «Par quelle perversion de l’esprit [s’insurge-t-elle] considèrent-ils l’exploitation des masses laborieuses comme une avancée?». Selon elle, objet de domestication et de contrôle social, le travail cumule un tas de mauvais points: le sommeil tronqué, la condescendance des chefs, la mésestime de soi ou encore l’épuisement voire les accidents dus aux cadences harassantes.

ACCUSATION
Lydie Salvayre nous propose de choyer nos dimanches, quand le reste de la semaine «le travail exagéré nous use et nous déglingue». Elle plaide pour un temps de pause qui s’interrompt chaque lundi. Elle accuse ceux qui érigent le plus dur labeur comme un critère de progrès, de réussite et d’autorité dans la société. L’écrivaine s’interroge: pourquoi besogner et gagner plus au lieu de trimer moins pour lire davantage?

LES VERTUS PARADOXALES
La paresse a depuis toujours été chérie des poètes et des enfants mais «c’est une philosophie à laquelle chacun devrait souscrire». Ses vertus sont nombreuses et leur effet joyeusement paradoxal. «La paresse de riposter à la bêtise nous évite les aigreurs stomacales», «la paresse d’être méchants fait de nous des êtres tolérants» plaisante-t-elle. Voilà de quoi se poser quelques questions revigorantes sur le sens de la vie.

2. «IRRÉFUTABLE ESSAI DE SUCCESSOLOGIE»

QUELQUES PORTRAITS BIEN SENTIS
Dans ce manuel d'arrivisme d’une élégante férocité, plusieurs portraits se succèdent. Tout commence par l'influenceuse omniprésente sur les réseaux sociaux. Suivront le capitaine d'industrie, les écrivains, débutants ou tueurs, les critiques et l'homme politique spécialisé en flagorneries et compromissions. Aucun nom mais tous s’y reconnaîtront. De quoi se faire des ennemis à vie et ne jamais remporter le Goncourt, ce qui est déjà gagné pour Lydie Salvayre.

COMMENT INTRIGUER, ABUSER, ÉCRASER
Construit comme un vrai-faux manuel de développement personnel, il nous offre une conduite à tenir, car le succès n’est plus un résultat mérité mais un objectif déclaré. Avec la finesse d'un auteur de psychologie positive, la romancière enrichit ses profils de concepts et de conseils magistraux sur l'art de paraître, la meilleure façon d'écraser son prochain, de privilégier les amitiés utiles ou de fuir l'effort et les contrariétés.

LE GRAND ÉCART
Lydie Salvayre joue sur deux registres en reprenant le ton des moralisateurs du 18e siècle pour oser une parodie totalement contemporaine. Télescopage réussi malgré quelques concessions à l’air du temps quand elle ridiculise systématiquement la youtubeuse. Regrettable également ce brin de condescendance envers le mauvais goût du lecteur lambda, friand de best-sellers. Attention, Lydie Salvayre de ne pas vous laisser contaminer par l’élitisme! Cela vous ressemble si peu.

3. «PETIT TRAITÉ D'ÉDUCATION LUBRIQUE»

LÉGÈRETÉ
Voici un livre qu'on peut trouver dans l’angle mort des librairies, celui qui brûle les yeux et qu'on feint toujours d'ignorer. En une centaine de pages, Lydie Salvayre décrit toutes les étapes des transports amoureux, de la rencontre à l'ennui. Elle s'est beaucoup amusée en rapportant de sages propos sur l'urgence de vivre et de jouir.

LUCIDITÉ ICONOCLASTE
Lydie Salvayre déculpabilise et déconstruit le désir pour le mettre à nu. Elle passe à la moulinette toutes les idées préconçues, les clichés, les sentences morales et les préceptes religieux. Son but: nous offrir un manuel de survie du plaisir dans la bonne humeur «qui arrive à point nommé pour contrer les esprits fâcheux, les pisse-froid, les tartuffes et autres mollassons de la chair».

ÉRUDITION DÉSINVOLTE
Mais «Éros, sachez-le, a une sainte horreur du naturel. Il aime être abusé et chérit la fallace. Éros est un artiste. Donc un menteur». Suivent alors quelques conseils désopilants pour mieux séduire en toute hypocrisie. Enfin parler de fesses n’est pas contraire à l’érudition, et Lydie Salvayre appuie ses dires sur les citations des philosophes antiques et modernes. «Le sexe est une affaire très sérieuse, voyez-vous, c'est bien pour ça qu'il faut le prendre avec désinvolture»!

L.H.A 07/2024

Publié le 5 juillet 2024