«Aqua» de Gaspard Koenig
Entre satire du pouvoir et pamphlet écologique
«L'eau peut, l'eau doit être pure. S'il n'y a plus d'eau pure, c'est que la pureté a disparu du monde» (p.386)
À lire aussi son roman précédent: «Humus»
TABLEAU DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE
Ce roman sur la pénurie programmée de l’eau succède à «Humus», une fiction sur l’épuisement des sols et des lombrics. Dans «Aqua», Gaspard Koenig met en scène les habitants de Saint-Firmin: la doyenne lucide, la retraitée anglaise, la naturopathe, le survivaliste, les paysans, la néorurale. Il campe aussi quelques notables régionaux de ce village français: la secrétaire de mairie, la préfète, le grand fermier. Il dépeint enfin les coulisses des ministères parisiens: la bête politique, l’assistant parlementaire entre autres. Autant d’intérêts et de points de vue divergents.
COMBAT POLITIQUE
Ressurgissent quelques personnages croisés dans le précédent roman, dont l'insupportable Jobard, l’agriculteur pollueur, et son neveu, Martin, un technocrate au petit pied qui végète au ministère de la transition écologique. Ce dernier pense que la gestion de l'eau doit être transférée à la communauté régionale. En fait, il brigue surtout la charge de la mairie pour servir ses ambitions politiques. Face à lui, l’autre candidate aux élections municipales, Maria, immigrée roumaine, diplômée de sociologie, a travaillé sur le sujet des ressources partagées. Désormais épicière de Saint-Firmin, appréciée pour sa gentillesse et sa présence chaleureuse, elle défend une gestion strictement locale de la source. Une lutte à mort s’engage entre eux.
QUAND LA CATASTROPHE SURVIENT
Soudain la France subit une période de canicule. Les maisons du village perdent l'accès à l'eau courante, car la source se tarit. Se posent alors les grandes questions: Saint-Firmin va-t-il résister aux empoignades locales entre les différentes instances administratives? Une solidarité va-t-elle se mettre en place? Peut-on encore reprendre le pouvoir sur l’avenir malgré la mécanique des rouages étatiques implacables?
UN MÉLANGE DE GENRES
Le roman se présente comme un thriller, mais il s'apparente parfois à l’essai. Le drame côtoie la comédie et Gaspard Koenig utilise le persiflage subtil autant que la grosse farce. Il enquête sur l’absurdité du système et la difficulté à relever le défi périlleux du dérèglement climatique tout en évoquant la poésie des légendes et les problèmes du vivre-ensemble. Mais quelles que soient les formes ou les thématiques, règne une angoisse latente, tant l’égoïsme ne cesse de nuire à l'intérêt commun. Restent la puissance de l’eau et son mystère!
L.H.A-04/2026
Publié le 7 avril 2026