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LIVRES / IDÉES

«Les petites musiques» de Roland Buti


Texte: Laurence Hainault Aggeler

LUTTER CONTRE LA DISPARITION DE SOI
«Les petites musiques» de Roland Buti

Discussion avec l'auteur
Mercredi 8 avril 2026 à 19h30
Au Cabaret Voltaire
Spiegelgasse 1
8001 Zürich
Billets: 15.–/10.– (AVS, Legi)

Organisé par le Literarischer Club Zürich
www.literarischerclubzuerich.com 

Modération: Martine Grosjean

Notre info dans l'agenda: ici


Ivre d’indépendance et de mouvement, reliée à la nature dont elle tire sa force, Jana court les pâturages, passe des heures à contempler les nuages «dérouler leurs filaments et se nouer en pelotes». Serait-elle née au sein d’une famille de bûcherons, isolée dans la montagne boisée, rien de toute cette histoire ne serait arrivé.

UN PETIT VILLAGE TRÈS CONFORME
Mais Jana vit à Sainte-Croix au cœur du Jura, là où des centaines d’ouvrières et d’ouvriers assemblent caméras et boîtes à musique vendues dans le monde entier. Il s'y avère nécessaire d'«harmoniser son comportement avec ce que les autres escomptent». «La liberté, ça n’existe pas», déclarera une habitante. A-t-on idée de courir ainsi dans les buissons, de monter sur le faîte des arbres, de se moquer de son instituteur, de rêver sans écouter? Toutes et tous considèrent l’adolescente comme indocile donc dangereuse: enfermons l’oiseau et qu'il se heurte aux barreaux des conventions!

UNE FAMILLE ATYPIQUE
Le roman se situe dans les années 70. Masa, la mère d’origine tchèque, a fui le communisme. Elle sait donc brider ses extravagances, les rendre supportables à ceux «dont la seule ambition semble de devenir le plus lisse possible». Elle sait contourner leur méchanceté. Issu de l’immigration italienne, le père, Rocca, a cultivé l’esprit de soumission nécessaire à l’intégration: «il reste bon même si la ville est mauvaise» malgré un vague sentiment «d’être à la merci des autres». Quant à Ivo, le demi-frère affectueux, il s’adapte en souplesse aux circonstances. Personne ne sait protéger Jana d’elle-même.

«IL N'Y A RIEN À DIRE»
Personne ne saura lui éviter de tomber dans les rouages administratifs broyeurs d’anticonformisme. «L’immense bavardage pétrifié» des rapports, des récépissés et des documents divers condamnera l’excentricité vue comme perturbatrice. Jana passera par la case prison rebaptisée maison d’éducation. «Il n'y rien à dire», sa phrase péremptoire, émise sur tous les tons, revient tel un credo existentiel.

RÉSISTER AU CONFORMISME
Va-t-elle survivre à la douleur incommensurable de l’enfermement sans délit, quand «ils font tout pour que les prisonnières se sentent faites de morceaux qui ne vont plus ensemble»? Comment lutter contre la disparition de soi? Le temps viendra-t-il à bout de l’injustice? La force des liens familiaux modifiera-t-elle la courbe dramatique de ce destin hors norme?

Roland Buti tente de répondre. L’écriture reste poétique, mais les remarques tombent juste, sans fioritures. Pareilles à ces petites musiques issues des boites collectionnées par les enfants, elles se dispersent au gré des épisodes en repères salvateurs, elles égrènent leurs notes d’espoir et de tendresse. L.H.A 03/2026

Publié le 16 mars 2026